Être saint, c’est jouir d’une bonne qualité de vie (même dans la souffrance).

Cet article vient conclure une petite réflexion sur la sainteté initiée lors de mon pèlerinage sur les chemins de Compostelle. L’objectif est de chercher toutes les bonnes raisons d’avoir envie de devenir saint (ou sainte!) aujourd’hui.

Les trois premiers points de la sainteté sont les suivants : être saint consiste à aimer les autres (et à en être aimé en retour, en tout cas la plupart du temps), à être en adéquation avec soi-même (dans l’exercice de ses talents, dans sa capacité à être vrai dans ses relations à autrui, dans sa capacité à écouter ses propres besoins aussi) et à bien faire les choses (ceci ne devant pas être confondu avec le perfectionnisme, qui est une prison liée à l’orgueil humain).

Ces trois points me permettent de conclure que la sainteté permet d’avoir une bonne qualité de vie. Par « qualité de vie », j’entends une forme d’équilibre et de bonheur qui viennent progressivement habiter notre vie au fur et à mesure que nous cherchons à la conformer à Dieu. Comment, en effet, ne pourrais-je pas être heureuse alors que je suis en paix avec les autres, que j’ose m’affirmer, faire ce dont j’ai besoin et dire ce que je pense, et que je parviens à accomplir avec amour ce qu’il m’est donné d’entreprendre ?

Il me paraît important de distinguer ce type de bonheur d’un bonheur strictement matériel et humain. Ne confondons pas la « qualité de vie » prodiguée par la sainteté avec le rêve d’une vie comblée sur tous les plans, une vie où il n’y aurait ni manque, ni insécurité, ni maladie ou mort. La grandeur du bonheur du saint est de ne pas dépendre exclusivement de satisfactions humaines et matérielles (même si celles-ci peuvent contribuer à notre bonheur).

Je crois que l’on peut « vivre bien » tout en étant malade, en souffrant physiquement ou moralement ou en n’étant pas capable de grand chose. Ce qui contribue le plus à notre bonheur, en effet, c’est notre amour de Dieu et du prochain, amour que nous manifestons dans le moindre de nos actes, de nos regards et de nos paroles.

Être saint, c’est bien faire les choses.

On a établi que la sainteté consistait en une fréquentation de Dieu quotidienne qui avait pour conséquence des changements concrets dans notre vie (notons que ces changements sont progressifs et lents, en général ; on constate parfois des changements radicaux et rapides, lors d’une libération conduite par l’Esprit saint par exemple. Néanmoins, la plupart du temps, ces changements se font par petites étapes). On étudie quatre changements : les deux premiers changement ayant été étudiés jusqu’ici sont celui de mieux aimer les autres (et donc d’en être plus aimé aussi la plupart du temps) et celui d’être chaque jour plus en adéquation avec soi-même.

Le troisième changement qui m’apparaît ces derniers mois est celui de bien faire les choses, en tout cas, de les faire un peu mieux chaque jour. Lorsque je fréquente Dieu chaque jour, chaque jour je fréquente la source de l’Amour. De ce fait, progressivement et par petites étapes je le rappelle, cet Amour va se mettre à transparaître dans toutes mes actions, qu’il s’agisse des actions les plus insignifiantes (exemples : sourire à quelqu’un dans le RER, ouvrir et refermer une porte, dire bonjour à un collègue ou à un élève rencontré dans le couloir) ou des actions plus importantes et structurantes (exemples : décider de se marier, changer de métier). C’est ce que des saintes comme Thérèse d’Avila ou Thérèse de l’Enfant Jésus ont beaucoup décrit. Thérèse de Lisieux explique très bien, dans son journal Histoire d’une âme, comment elle choisit d’offrir à Dieu des actes minuscules du quotidien, en se tenant plus droite sur sa chaise par exemple.

Dans la vie de tous les jours, et lorsque j’ai la chance d’être fidèle à ma fréquentation de Dieu, lorsqu’Il me fait la grâce d’être présent à mes côtés, je suis orientée pour tout faire avec patience, douceur, avec le sourire et même avec humour (oui car, j’en suis convaincue, Dieu a beaucoup d’humour). Moi qui suis d’une nature impatiente et anxieuse, je me trouve parfois capable d’accomplir des choses pénibles avec le sourire et sans broncher, comme par exemple supporter une incivilité dans le RER, l’agitation d’une classe ou les provocations d’un élève mal dans sa peau. Moi qui suis d’une nature très dispersée, ayant régulièrement des idées et des envies nouvelles, démarrant des projets mais les terminant rarement, je me trouve parfois mue par l’envie de mener chaque chose à sa fin (quitte à démarrer moins de choses en même temps, et à avoir parfois le sentiment de ne rien accomplir). Je me remets par exemple à travailler ma pratique du piano avec plus de rigueur, en allant au bout des morceaux dont je commence l’étude. On pourrait citer des dizaines d’autres exemples : on se met à mieux faire le ménage, à mieux cuisiner, à mieux rendre service aux autres… Lorsque je suis guidée par Dieu, et donc par l’Amour même, je veux faire les choses avec amour.

Attention : bien faire les choses est le contraire du perfectionnisme (un trait de personnalité que je constate souvent chez les jeunes filles et chez les femmes – moi la première). Bien faire les choses consiste aussi à les faire avec humilité, en acceptant notre condition terrestre et donc nécessairement imparfaite. Dieu est Seul capable de faire les choses parfaitement. C’est avec joie et sans présenter d’excuse inutile (les excuses présentées à tort et à travers sont souvent un signe d’orgueil et non d’humilité – j’en sais quelque chose) qu’il faut accepter par exemple de ne pas avoir réussi à parfaitement préparer un cours car on avait besoin de se reposer ou à préparer un plat comme l’aurait fait un chef étoilé.

De Rocamadour à Paris : jour 7. Être saint, c’est être en adéquation avec soi-même.

Très belle soirée et bon début de journée ce matin à Rocamadour. J’ai pu beaucoup prier, me confesser, assister à la messe mais aussi acheter quelques souvenirs et cadeaux. On a terminé par un tour à la crêperie avec Thomas et Florence avant de prendre une glace (si vous avez un peu d’audace, goûtez celle au chèvre Cabecou chez le glacier juste avant l’entrée du sanctuaire : vous m’en direz des nouvelles…). Bref, tout cela fut un parfait équilibre de réjouissances célestes et terrestres, pour terminer en beauté une semaine dont je me souviendrai longtemps.

En montant dans le bus pour la gare, je fus prise d’un serrement au cœur en contemplant la campagne alentour. Les sentiers me manquent déjà, tout comme les personnes avec qui j’ai eu la joie de passer du temps cette semaine. C’est fou comme la vie est plus forte dans des moments de pèlerinage comme celui-là.

Être saint, c’est être en adéquation avec soi-même.

Si ce jour est le dernier de mes pérégrinations pédestres (en tout cas, pour cette année, car, sauf changement de vie majeur, je souhaiterai repartir sur les chemins de Compostelle l’an prochain), il n’est pas le dernier de mes pérégrinations spirituelles. J’essaie ici de poursuivre ma réflexion sur la sainteté initiée dans un précédent article.

Être saint correspond, on le disait, à un désir et à une fréquentation régulière de Dieu. Le fréquenter amène non seulement à plus et mieux aimer les autres mais aussi à être chaque jour un peu plus en adéquation avec soi-même (cette « adéquation » est à rapprocher de la Vérité qu’est Dieu et dont nous sommes les participants).

Dieu, en effet, nous connaît parfaitement, mieux que nous-mêmes, puisqu’Il nous a créés. Si nous passons du temps avec Lui et Lui permettons d’orienter notre vie un peu plus chaque jour, Il peut de ce fait nous révéler petit à petit à nous-mêmes. Cela signifie notamment dévoiler nos qualités dans notre vie de tous les jours – parfois des qualités dont nous n’imaginions pas l’existence. Je prendrai l’exemple de ma vie professionnelle que Dieu a visitée et reconstruite intégralement ces dernières années, me permettant de découvrir un métier où je me sens bien et qui me rend heureuse (le métier d’enseignante). Il y encore quelques années, je ne soupçonnais pas à quel point ce métier pouvait me convenir. Je n’y pensais même pas. Mais depuis que je place ma vie chaque jour sous le regard de Dieu, j’ai eu progressivement et de plus en plus nettement le désir de cette reconversion professionnelle. Dans tous les aspects de ma vie, celle-ci se réorganise doucement pour un plus grand bien (c’est-à-dire pour mon propre bonheur et pour le bien de ceux qui m’entourent).

Dieu ne connaît pas seulement nos qualités, Il connaît aussi nos besoins et nos aspirations. Il sait par exemple lorsque nous sommes fatigués, éprouvés ou au contraire lorsque nous sommes disponibles pour nous donner aux autres. Fréquenter Dieu chaque jour revient à écouter nos besoins de façon plus fine et plus respectueuse. Je pense que certains saints savaient notamment se reposer car ils aimaient écouter leurs besoins profonds, ils respectaient Dieu, qui respectait Lui-même leurs besoins. S’agiter dans tous les sens, multiplier les projets et les occupations jusqu’à s’épuiser (tendance très fréquente chez les catholiques notamment), me paraît à cet égard une attitude peu sage. En plus, lorsque l’on sait écouter ses propres besoins et limites, on sait aussi mieux écouter et respecter ceux des autres. On devient plus doux, plus patient et donc plus heureux – et de ce fait plus à-même de donner du bonheur autour de soi.

Être en vérité et en adéquation avec soi-même signifie aussi, et en dernier lieu, être plus attentif à notre santé physique, morale affective et spirituelle. Concrètement (et cela va avec le fait de s’aimer soi-même grâce au regard de Dieu posé sur nous), cela peut vouloir dire par exemple se mettre à mieux manger, à mieux dormir, à mettre un terme aux relations humaines qui nous rabaissent. Cela peut consister aussi dans le fait d’être plus à l’aise pour dire ce que l’on pense, sans faux-semblant, de façon ajustée et bénéfique pour tout le monde.

Sur ce point de l’adéquation et de la vérité avec soi-même, attention à ne pas tomber dans l’erreur qui consisterait à être obsédé par soi et par son propre bien-être, au risque de ne plus passer du temps à servir les autres. C’est le travers dans lequel beaucoup d’entre nous tombons à l’heure de l’individualisme et du consumérisme qui encouragent la paresse et la satisfaction des désirs immédiats.

La Vierge noire de Rocamadour

De La Capelle à Gramat et de Gramat à Rocamadour : jours 5 et 6.

J’ai trimé un peu plus ces deux derniers jours, notamment du fait de la chaleur. Ce fut particulièrement le cas hier, entre la Capelle et Gramat. Partie à nouveau plus tard que prévu, inquiète à l’idée de ne pas bien supporter la chaleur, j’ai filé sur la vingtaine de kilomètres et suis arrivée en tout début d’après-midi à Gramat, après environ six heures de marche passées à réciter le rosaire et à offrir mes efforts à Dieu, m’arrêtant cinq à dix minutes toutes les heures pour boire ou manger un morceau.

L’après-midi, bêtement déshydratée et ayant poussé un peu trop loin l’effort, j’arrivai au Grand Couvent de Gramat avec un sacré mal de crâne qui dura jusque dans la soirée et même jusqu’à ce matin.

Le soir, au dîner, j’eus le plaisir de retrouver plusieurs compagnons de route : Didier, Simon, Renaud mais aussi Florence, Thomas et Fanny. Nous passâmes à nouveau un excellent moment, devisant des dangers de l’intelligence artificielle, de l’éventualité du retour de la royauté en France, le tout agrémenté d’anecdotes de voyage hilarantes racontées par Didier et Renaud.

Aujourd’hui, enfin, c’était les douze derniers kilomètres. Cette dernière étape aurait dû être assez facile mais me demanda encore quelques efforts car j’avais chaud et encore mal au crâne (et je manquai d’eau à la fin) ; elle fut en tout cas l’une des plus majestueuses. Après quelques kilomètres dans la campagne à l’ouest de Gramat, on se met à arpenter le fond de la vallée l’Alzou, et ce jusqu’à la fin de la randonnée, dans une ambiance fantomatique et parfois même mélancolique, en franchissant plusieurs ruines de moulins médiévaux. La vallée finit par s’élargir pour laisser place à une vue somptueuse de la citadelle de Rocamadour, entièrement construite à flanc de rocher. On se sent très petit en montant les marches jusqu’à l’entrée du sanctuaire, marches sur lesquelles les pèlerins se déplaçaient à genoux à l’époque médiévale (en récitant un “Je vous salue Marie” à chaque marche)…

Je suis très heureuse d’être arrivée jusqu’ici. Je termine une excellente première semaine de vacances : de beaux paysages, de nouvelles rencontres, du sport… et puis surtout, j’ai le sentiment de m’être un peu rapprochée du Ciel (ce qui est littéralement le cas, la cité et le sanctuaire étant très aeriens). Il va falloir maintenant passer du temps de qualité ici avec Dieu et avec Sa mère, pour pouvoir leur faire part de toutes mes intentions (pour chacun de vous et pour moi-même)…

La vingtaine de kilomètres entre La Capelle sous un soleil écrasant
L’arrivée à Gramat
Les premiers ps dans la superbe vallée de l’Alzou
L’arrivée à Rocamadour

De Figeac à La Capelle Marival : jour 4. Être saint, c’est aimer les autres et être aimé en retour (la plupart du temps).

J’écris cet article le lendemain de cette étape, qui fut peut-être ma favorite du parcours jusqu’à maintenant (quoique toutes les étapes me plaisent et me donnent des raisons de me réjouir). Ce ne fut pas la plus facile, ce fut l’une des plus difficiles en fait : on franchit au total 720 m de dénivelé, dans des reliefs vallonnés, en passant par certaines portions de route pentues écrasées de soleil. On passe aussi par des sentiers forestiers somptueux et l’on traverse l’étonnant village médiéval de Cardaillac, à quelques kilomètres au nord de Figeac. Selon les étapes du parcours, on est entouré soit de hauts arbres, soit de rayonnantes prairies d’élevage et de fourrage, en traversant des villages pimpants, aux clochers pointus et aux toits de tuiles rouges. La terre elle-même devient ocre au fur et à mesure que le temps passe et cela rend la route encore plus belle.

La chaleur étant montée peu à peu pendant tout le jour, j’ai exceptionnellement fait une longue pause pour déjeuner dans un endroit étonnant aménagé par Bernard, un gars du coin qui, avec son épouse, a installé une table en bois sous les arbres près de son poulailler, disposant là de l’eau, des sirops, du thé, du café… tout cela à disposition des promeneurs. Alors que je me sentais un peu seule, je fus rejointe par trois autres marcheurs : Renaud et Didier, sexagénaires flamboyants anciens copains de lycée, accompagnés de l’un des fils de Didier, Simon. Nous passâmes une excellente pause déjeuner à rire et à bavarder – je les retrouverais d’ailleurs quelques heures plus tard avec plaisir au bistrot de la Capelle Marival (en sortant de la messe…) pour partager une bière avant de rentrer dîner et nous coucher dans nos gîtes respectifs.

L’après-midi, après deux longues heures de marche, je finis par arriver avec bonheur à La Capelle, tout petit village médiéval. Je logeai au gîte de Serge et Stéphanie, un endroit formidable que je recommande pour ceux d’entre vous qui entreprendraient le voyage, tout simple mais très fonctionnel et très propre. Je pus échanger quelques blagues avec Serge sur les Parisiens en vacances avant d’assister avec joie à la messe du jour et contempler les superbes vitraux de la chapelle.

Le soir, je dînai en compagnie de Manoël, Marcel, Murielle, Séverine, Pascale et Peggy, un groupe d’amis formé deux ans plus tôt sur les chemins de Compostelle, lors d’une sorte de séminaire initiatique de développement personnel comme il en fleurit malheureusement de nos jours sur les ruines du catholicisme en France. Lorsque Séverine chercha à prédire mon avenir grâce à ma numérologie, avec tristesse et sans rien dire, je pris un peu plus conscience de l’état de déchristianisation de notre pays.

Être saint, c’est aimer les autres et être aimé en retour (la plupart du temps)

À mon sens et avant d’aller plus loin, il me paraît important de rappeler que la sainteté s’installe et se pratique lorsque l’on passe du temps avec Dieu (en priant beaucoup ; en recevant régulièrement les sacrements ; pensant à Lui dans chacun de nos actes aussi). Or, Dieu est amour (amour que l’on appelle aussi Charité). La sainteté est donc inséparable de l’amour.

Quand je fréquente Dieu régulièrement, je prends conscience de l’amour qu’Il a pour moi. Si je Le laisse faire, je peux ainsi apprendre à m’aimer moi-même, à me regarder comme Lui me regarde. Une fois que je m’aime de façon ajustée, je me mets à regarder les autres de la même manière : avec un regard aimant, celui de Jésus. Cette transformation du regard se traduit par des actes : je vais faire preuve de plus de bonté, de plus de patience, de plus d’intérêt réel pour les autres. Je vais être plus capable de rire avec les autres. Je vais me mettre à « les prendre comme ils sont », sans les juger (puisque j’aurai appris à ne pas me juger moi-même, grâce au regard que je sens que Dieu pose sur moi lorsque je Le prie). Je peux vous le témoigner pour le vivre depuis quelques années : je suis bien plus heureuse et épanouie depuis que je regarde les autres ainsi.

Et vous savez quoi ? Incroyable mais vrai : lorsque vous les prenez comme ils sont, même blessés, même odieux, même égoïstes, même méchants… les gens finissent en général par vous aimer en retour. Ils peuvent même parfois être guéris de leurs blessures par votre simple regard. Et ça, évidemment, cela rend aussi très heureux.

(Je précise tout de même qu’il peut arriver que l’on soit haï même lorsqu’on essaie d’avoir une attitude sainte envers les autres. Certaines personnes sont tellement blessées dans leur amour propre, parfois tellement jalouses, qu’elles peuvent se mettre à vous détester – mais c’est rare.)

Sois béni Seigneur pour toutes les personnes rencontrées sur cette étape ! Donne-moi de les prendre comme elles sont et protège-les des mensonges et des mauvaises influences !

La forêt grandiose du nord de Figeac
Le « coin de Bernard », où nous avons bien ri au moment du déjeuner avec Renaud, Didier et Simon