Mi-septembre : élève de mes propres élèves

Ce matin, après deux heures de cours, me voici remontant péniblement dans ma voiture pour reprendre la route d’Apt à Aix. Apt à Aix, Aix à Apt, ce sont 55 min de route aller, 55 min de route retour, trois fois par semaine, les lundis, mercredis et jeudis. Le rythme et la fatigue commencent à se faire sentir. Ce matin, en quittant la maison, j’ai bien failli oublier les cahiers de la 6e 9, ramassés lundi et corrigés hier. 

Ces cahiers font office, pour moi, de toute premières copies à corriger – bien qu’il ne s’agisse pas encore, dans ce cas de figure, d’une évaluation à proprement parler, seulement d’un bilan de mi-parcours me permettant de m’assurer que mes soixante élèves de sixième ne sont pas trop perdus, presque trois semaines après leur entrée au collège. Je me suis surprise à appréhender la lecture de ces cahiers, à l’appréhender peut-être autant que mes élèves ont appréhendé eux-mêmes la correction que j’allais leur en donner. 

De fait, corriger des cahiers, des feuilles, des travaux, des copies…, c’est avant tout se confronter à sa propre performance en tant qu’enseignant : au-delà de leur attitude en classe, mes élèves comprennent-ils seulement ce que je leur dis ? Le cahier de certains élèves pourtant très sages et réactifs en classe peut parfois révéler des difficultés réelles que l’on n’aurait pas soupçonnées. Ont-ils commencé à intégrer toutes ces connaissances que je suis supposée leur transmettre ? dans le cas des sixièmes, ces classes si difficiles à prendre en main car si jeunes encore, tout juste tirées de l’enseignement primaire, parviennent-ils seulement à tenir leur cahier proprement, à souligner les titres des chapitres, à coller ensemble le corpus documentaire et les exercices que nous avons faits en classe depuis le début de l’année ? Je n’oublie pas que, comme le dit ma tutrice, « lorsqu’un élève échoue, c’est nous, enseignants, qui échouons. » 

Une fois ouverts, ces cahiers ont confirmé certaines des intuitions que nous avions toutes les deux : si quelques bons élèves ont tout de suite compris la mécanique de mon cours, un grand nombre d’entre eux peinent à en suivre le rythme, voire ne le suivent déjà plus du tout. Je vais devoir adapter nettement la structure de mes cours, tout en allant moins vite, en prenant plus de temps pour aller au bout des choses, qu’il s’agisse des exercices et des projets en classe ou simplement de la façon de recopier, dans son cahier, une définition écrite au tableau. 

Moi qui sortais de deux années enthousiasmantes de préparation des concours, bardée de ma réussite au capes l’an dernier et d’une bi-admissibilité à l’agrégation cette année, me voici si petite, si ignorante. Si je me trouve désormais en situation de leur enseigner tout ce que je sais, mes élèves, sans en avoir conscience, me donnent eux-mêmes tant à apprendre. Ce ne sont pas seulement mes méthodes qui doivent évoluer, c’est aussi la personne que je suis, cette nouvelle enseignante que je deviens chaque jour un peu plus en travaillant ici, qui doit se laisser façonner. Etrange découverte que celle de me voir élève de mes propres élèves. Je me réjouis, quoi qu’il en soit, de cette expérience, qui me permet de gagner chaque jour un petit peu plus en rigueur, en patience… et en humilité. 

Début septembre – le funambule

Voici que s’ouvre la deuxième semaine de cours, sans même que j’aie eu (ou pris ?) le temps de voir passer la fin de la première semaine. Dans l’ensemble, mon sentiment est celui du funambule. Me voici oscillant en permanence sur un fil, ou sur une ligne de crête. Pour pouvoir continuer, il s’agirait de ne pas avoir peur du vide et de ne pas accorder trop d’importance au vide, sans quoi, gare à la chute ! 

De fait, devenir enseignant, c’est osciller en permanence entre des sentiments et des injonctions contradictoires, du moins en apparence. Il faut osciller entre la joie de la rencontre avec les élèves et la nécessité de garder une juste distance avec eux ; osciller entre l’intérêt de découvrir un nouveau métier et de nouveaux collègues, et le stress qu’implique l’entrée dans une institution complexe s’il en est ; osciller entre la réalité, la malléabilité et l’urgence du terrain, et les attentes idéales que l’on nourrit pour soi, pour les élèves, ou que nos formateurs peuvent nourrir à notre égard. 

Plus qu’une simple oscillation sur un fil, l’équilibre, je le sens, va peut-être avant tout consister en ma capacité à m’adapter en permanence, en accueillant l’inattendu en classe tous les jours, tout en offrant – et c’est là que se situe le danger de l’injonction paradoxale – un cadre et des règles aux enfants qui me sont confiés. A cet égard, je me réjouis de mon expérience professionnelle passée, par laquelle j’ai appris, heureusement, qu’un idéal est fait pour n’être jamais atteint et qu’on ne pratique jamais mieux son métier que lorsque l’on reste détendu et que l’on relativise. 

La beauté du métier d’enseignant telle que je la perçois cette semaine tient peut-être avant tout à ce paradoxe : alors que notre devoir est celui de cadrer, la réalité exige avant tout que nous sachions accueillir l’imprévu. L’imprévu de l’élève qui arrive en retard, l’imprévu de l’administration, l’imprévu de la réponse que l’on n’attendait pas lors d’une question en cours, ou, au contraire, celui d’une réponse que l’on attendait et qui, à notre grande surprise, ne vient pas. Dans les semaines qui viennent, mon travail ne va peut-être consister qu’en ces deux choses essentielles : continuer d’imaginer et de poser le cadre, tout en restant vigilante à rester disponible pour tout inattendu. 

Contrairement à mon travail précédent, lors duquel je passais l’essentiel de mon temps derrière un ordinateur, c’est en effet à de la matière humaine que j’ai désormais affaire : celle de mes élèves, celle des parents, celle de l’équipe pédagogique, et ma propre humanité, bien entendu. Je choisis de me répéter qu’il est ô combien rassurant que cette matière humaine demeure si imprévisible, même dans un environnement éducatif et, plus largement, dans un monde où nous courons toujours le risque de vouloir tout prévoir et tout anticiper.  

35 ans d’A Bras Ouverts : un anniversaire avec un goût de Ciel

Le weekend-dernier, j’ai eu la joie de participer aux trente-cinq ans de l’association A Bras Ouverts avec Nola, adolescente autiste, et quelque huit cents autres jeunes et accompagnateurs venus de toute la France. Pendant trois jours, nous avons été réunis autour du thème du cirque dans un château près de Rouen, jouissant d’un temps et d’une ambiance magnifiques.

Ce furent trois jours de festivité complète pendant lesquels j’ai eu l’impression, comme cela m’était déjà arrivé avec ABO, de goûter d’un peu du Ciel qui nous attend tous un jour comme je le crois. Cet avant-goût, c’est Nola et les jeunes qui nous l’ont donné et j’ai pu voir à quel point, comme le disait si justement un ami par qui j’ai découvert A Bras Ouverts il y a quelques années, nous, accompagnateurs, sommes confiés aux jeunes autant que ceux-ci nous sont confiés.

Nola ne m’a pas tant été confiée que je lui ai été confiée. C’est elle qui a veillé sur moi pendant ces trois jours, qui m’a donné envie de vivre pleinement la joie qu’il nous était donné de vivre. C’est parce que Nola a exigé une vigilance constante que j’ai paradoxalement dû cesser de m’inquiéter en permanence. C’est parce qu’elle se précipitait sur la nourriture que j’ai dû exercer douceur, patience et parfois une humilité que je n’ai pas naturellement quand elle a saisi, sans que je parvienne à l’en empêcher, un bol de Miel-Pops pour le faire tomber avec fracas et en ficher partout dans la cantine sous les rires et les applaudissements de tous (j’ai moi-même ri, bien qu’un peu jaune, il faut l’avouer). C’est surtout parce que Nola aime autant la musique que j’ai eu la chance de pouvoir danser et me réjouir avec elle. Quand Nola entend la musique, son visage s’éclaire d’une façon particulière et elle lève les yeux au ciel comme si elle voyait les anges. C’est un spectacle que je souhaite au plus grand nombre de pouvoir contempler un jour, autant que le spectacle de ces personnes valides qui, au contact de ces jeunes si particuliers et si handicapés, s’adoucissent, prennent sur elles, sont évangélisées en somme, avec toute la difficulté et la fatigue que cela suggère, avec toute la joie et l’élévation vers le Ciel que cela implique.

Merci A Bras Ouverts pour ces trente-cinq ans de joie et d’évangélisation par les jeunes. Que le Seigneur garde chacun de l’association, jeunes, responsables, cadres dirigeants, et accompagnateurs et qu’Il donne au monde la compréhension du salut qui nous vient par les pauvres.

Timo, criminel et « guerrier du Christ ».

Après ma rencontre de Rose, je voulais raconter celle de Timo, dans le quartier de Châtelet, un jeudi soir de maraudes, à Paris. Parce que discuter avec Timo m’a montré à quel point il est vrai que le Christ visite les pécheurs en priorité, les vrais, les grands pécheurs, ceux que l’on rencontre rarement dans une vie occidentale protégée comme la mienne.

Timo, criminel et « guerrier du Christ ».

Timo doit avoir entre trente et quarante ans. Comme beaucoup de Roms, sa vie est faite d’errance. Cela fait quelques temps qu’il est installé à Paris et vit dans la rue avec d’autres membres de sa communauté. Auparavant, il a vécu sur les routes d’Europe de l’Est, notamment sur les routes d’Allemagne, soit en solitaire, soit en bande. Il a déjà tué des gens, volé beaucoup aussi, de l’argent ou du pain. Il a servi dans les forces ukrainiennes en 2016, où on lui a appris, entre autres, à « retrouver les gens avec le seul usage d’une puce GPS ». Une vie brutale donc, une vie meurtrière et criminelle, au service de l’Etat ou à son propre service. On serait tenté, à raison, de le qualifier de dangereux criminel et de ne voir en lui que ses innombrables péchés.

La conversion de Timo après un miracle physique.

Timo nous a parlé de sa foi. Comme beaucoup de Roms, il est catholique. Il a toujours, semble-t-il, cru en Dieu et il L’a toujours prié, quelles que soient les circonstances. Il y a quelques années, alors qu’il parcourait les routes d’Allemagne et qu’il venait de laisser un ennemi à demi-mort dans une station service, il s’est mis à avoir faim. Sur le bord de la route, en pleine campagne, aucune maison à l’horizon. Il se mit alors à prier et implorer Dieu de l’aider à trouver à manger. Une maison apparut, il y frappa, on lui ouvrit. Il implora qu’on lui donne à manger. On lui donna du pain, dans une région où, en général, quand on donne à manger, on donne toujours plus que du pain, on donne aussi des oeufs, des tomates et du fromage. Son premier réflexe fut d’insulter la personne qui ne lui donnait que du pain à manger. Puis il se tourna vers Dieu et décida de remercier la personne qui venait de le nourrir. En reprenant la route, il laissa un morceau du pain qu’on venait de lui donner au fond de son sac et décida que ce pain était béni par le Seigneur.

Pendant les trois semaines qui ont suivi, Timo continua son errance, vivant de ce qu’on lui donnait à manger, squattant ici et là. Partout où il allait, on ne manquait pas de générosité envers lui. Oeufs, tomates, pain, fromage s’offraient à lui. Et jamais un repas ne le rassasiait pourtant. La seule chose qui finissait par le rassasier, c’était de prendre un morceau du pain béni qu’on lui avait donné trois semaines auparavant. Le morceau de pain béni a suffi pour le nourrir, ainsi, pendant trois semaines, restant invraisemblablement intact, au fond de son sac. Après ces trois semaines, Timo a décidé de changer de vie. Il s’installa en ville et trouva un petit travail. Il résolut aussi de ne plus jamais voler pour du pain, car il comprit alors que voler pour se nourrir, c’était trahir la confiance dont on doit faire preuve, en tout circonstance, envers Dieu.

Comment la foi de Timo l’éclaire sur les enjeux du monde actuel.

Timo reste un pécheur. Il ne s’est pas transformé en ange pour autant. Pas de coup de baguette magique radical comme on aimerait parfois se l’entendre raconter quand on assiste à des soirées de prière et de guérison dans nos soirées parisiennes. Timo continue de faire preuve de violence, il dit qu’il se considère désormais comme un « guerrier du Christ », voulant mettre ses forces au service de la justice de Dieu, avec le danger bien sûr de se prendre pour un vulgaire et dangereux justicier, se défiant des lois humaines. Timo se trompe sûrement, à beaucoup d’égards.

Son analyse de la situation actuelle en France et dans le monde m’a parue néanmoins faite d’une clairvoyance toute divine. En nous parlant, il nous a exhortés à ne pas nous laisser corrompre par la peur, à ne pas « manger avec les loups pour risquer, plus tard, de pleurer avec les bergers ». La peur dont nos sociétés européennes actuelles sont désormais pétries et dans laquelle nos gouvernants nous entretiennent, notamment depuis le début de la crise sanitaire et maintenant avec le déclenchement de la guerre en Ukraine. La peur qui amène certains d’entre nous, citoyens, chrétiens et catholiques français et européens, à collaborer activement à ce que notre société est devenue et ce que nos gouvernants en ont fait, une société du traçage et de la surveillance, s’approchant peu à peu, très progressivement, de ce que sont certains pays comme la Chine.

Je n’oublierai pas mes échanges avec Timo, je tâche de les garder dans mon coeur comme si c’était le Christ lui-même qui m’avait parlé. Je pense d’ailleurs que c’est bien le Christ qui, à travers lui, nous a enseignés ce soir-là.

Pourquoi il est citoyen de ne pas se laisser vacciner contre le Covid.

Je ne sais pas ce qu’il est encore possible de faire pour que la majorité des gens se rendent compte de la gravité de ce qui est en train de se passer dans nos Etats prétendument démocratiques et respectueux des Droits de l’Homme. Je tente quand même, encore une fois, ici, d’essayer de faire entendre raison aux personnes de bonne volonté.

Je l’ai déjà dit en substance, je le redis, je l’affirme : il est de notre droit ou plutôt de notre devoir citoyen de défendre un droit imprescriptible et inconditionnel pour toute personne humaine de ne pas se laisser vacciner contre le Covid à l’heure actuelle. Et ce, sans que cette personne soit inquiétée pour le maintien de sa liberté, de son intégrité et de sa dignité.

  • Les vaccins sont encore en stade de validation. Doit-on encore le dire, le redire, c’est incroyable qu’il faille le répéter, chaque citoyen, en l’état actuel des choses, a de ce fait un droit inconditionnel de rester prudent et de refuser de se le voir administrer, se voyant conserver le droit de demander une alternative thérapeutique.

  • Nous entrons dans une ère sanitaire nouvelle, face à laquelle chaque citoyen est en droit de se poser des questions et, là encore, en droit de rester prudent. Cette ère sanitaire est caractérisée notamment par le fait d’administrer un vaccin de façon annuelle à la majorité d’une population, cela pour pallier non à la dangerosité d’une maladie mais à la défaillance d’un système de soins ; tout en contrôlant les choses en temps de crise par le biais de la technologie, en mettant en place un régime de ségrégation entre les personnes – oui, je pèse mes mots, le passe sanitaire établit bien un régime de ségrégation, c’est-à-dire un régime de séparation des personnes entre elles pour ce qu’elles sont (vaccinées, non-vaccinées) et non ce qu’elles font. Refuser de se faire vacciner, refuser de porter sur soi un QR code sanitaire, c’est aussi témoigner de notre refus de ces mesures nouvelles auprès de ceux qui nous entourent.

  • Un vaccin généralisé ne saurait jamais être la seule solution à une épidémie, surtout une épidémie de virus respiratoire, virus très transmissible mais peu létal, de la nature de l’épidémie que nous connaissons avec le Covid. Cela n’a jamais été le cas dans l’histoire humaine et de la médecine. Refuser de se faire vacciner, c’est rappeler cela aussi à ceux qui nous entourent. Chaque malade doit être en droit de voir la recherche se concentrer sur des traitements alternatifs au vaccin compte tenu, encore une fois, de la faible dangerosité moyenne du Covid. Jusqu’à maintenant, chaque tentative, chaque expérience nouvelle (hydroxychloroquine, ivermectine, anticorps polyclonaux…), pour traiter des malades à grande échelle s’est à peu de choses près vue anéantir par le marché médical mondial.

J’espère avoir le courage, en tant que citoyenne, d’aller jusqu’à me faire emprisonner si un jour cela devenait nécessaire parce que j’ai refusé ce vaccin. En espérant qu’ainsi, mes proches et le monde se rendent compte de la gravité de ce qui nous arrive. Nous avons perdu l’esprit. Je prie pour qu’il nous revienne vite.