La cérémonie d’ouverture des JO de Paris 2024 ne cesse de faire parler d’elle depuis son déroulement vendredi dernier. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le directeur artistique Thomas Jolly a réussi son coup. Un grand geste artistique se reconnaît, entre autres, à sa capacité à faire réagir la société dans laquelle il s’inscrit. Malgré ses aspects choquants voire démoniaques, il ne faut pas, à mon avis, diaboliser ce spectacle. C’est malheureusement le piège dans lequel se sont engouffrés nombre de catholiques et de leurs dirigeants depuis quelques jours, poussant des cris d’orfraie à cause de la parodie « drag-queenesque » du tableau de la Cène opérée à un instant I du spectacle.
Un spectacle formidable
Le spectacle a été, à bien des égards, grandiose. Quoi qu’en disent les détracteurs de la cérémonie : c’est à un spectacle formidable, créatif, drôle, exaltant, que l’on a assisté vendredi dernier. En ce qui me concerne, j’ai notamment apprécié le show de Lady Gaga, le passage d’Aya Nakamura en duo avec la Garde républicaine (entendre le choeur de ces militaires chanter Djadja, qu’est-ce que c’était génial !), le chant de la Marseillaise par Axelle Saint-Cirel depuis les toits du Grand Palais, le dévoilement de Philippe Katerine en Dionysos kitschissime, le final émouvant de Céline Dion, enfin. Il n’y a pas à dire : cette cérémonie fut réjouissante, par beaucoup d’aspects.
Les aspects indéniablement démoniaques de la cérémonie
On ne saurait ignorer, comme le dit très bien Philippe Arino dans son article à propos de la cérémonie d’ouverture, la dynamique luciférienne à l’oeuvre. Jeux de lumière et d’obscurité, références païennes, violence révolutionnaire sanguinolente, moquerie du Christ, utilisation d’une figure masquée « belphégorienne » porteuse de la Lumière olympique sur un cheval d’acier, tel un démon sorti de l’enfer au moment de l’Apocalypse… Cette cérémonie dit quelque chose d’une classe sociale (parisienne, bourgeoise, dirigeante) et d’un pays (la France) en proie aux infestations démoniaques.
J’ai été, en ce qui me concerne, frappée par le cynisme du passage où chante Juliette Armanet, chanteuse bobo parisienne par excellence (j’ai été je dois dire plus choquée par ce passage que par le passage parodiant soi-disant la Cène, que j’avoue n’avoir pas compris au premier abord : la scène m’a plus semblé celle d’une orgie gréco-romaine dionysiaque). Mme Armanet chanta, de sa voix si douce, la chanson mondialement connue Imagine des Beatles, invitant l’humanité à la paix. Derrière elle, le pianiste jouait sur un piano en flammes… Cette scène m’a choquée par son ambivalence crasse qui ne se cache même pas : « le monde est en flammes, nous le savons, et nous aimons souffler sur les braises, mais vous, le peuple, nous vous invitons tout de même à la paix mondiale »…
L’indignation déplacée des principaux détracteurs de la cérémonie
Malgré tous ces aspects démoniaques, malgré toutes les limites aux parti-pris artistiques et politiques de cette cérémonie, je trouve déplacée la réaction de certains détracteurs de la cérémonie et, en premier, d’une trop grande partie des catholiques et de leurs dirigeants. Ces derniers se disent blessés, scandalisés et indignés par ce qui a été interprété comme une parodie du tableau de la Cène de Léonard de Vinci. On en vient à des prises de positions officielles, à des communiqués des Evêques de France, à des vidéos lamentables d’influenceurs catholiques comme celle du frère Paul-Adrien qui, sous le coup de la colère, appelle à ce que disparaisse la miséricorde chrétienne « puisqu’on nous crache à la gueule ».
Tout d’abord, je crois qu’il est dangereux, et contraire à ce que Jésus nous enseigne, de nous victimiser. Certains me répondraient que « ce sont toujours les catholiques qui prennent », que « si ça avait été Mahomet, ça aurait suscité bien plus de réactions ». Excusez-moi, mais à quel moment avons-nous estimé intelligent, digne, et chrétien, de rentrer dans la logique victimaire qu’exploite souvent une partie de la population musulmane ? Je le répète, est-ce ce à quoi le Christ nous a appelés ? Avons-nous tellement d’orgueil que nous estimons pouvoir nous ériger en juges de nos contemporains à la place de Dieu ?
Deuxièmement, je suis en désaccord avec l’esprit d’indignation et d’inquiétude qui s’exprime à cette occasion. Est-il de notre devoir de nous inquiéter à ce point des choses terrestres, des choses qui passent ? Sommes-nous appelés à nous inquiéter de notre avenir terrestre, de notre réussite et de notre réputation sociale et politique ? Je me suis même dit qu’il fallait nous réjouir d’une telle parodie du Christ dans un spectacle si important : cela prouve bien l’existence du Christ, cela montre bien la soif que les personnes ont de Le rencontrer, Lui que les esprits démoniaques eux-mêmes ne peuvent s’empêcher de nommer, même si c’est pour se moquer de Lui. L’inquiétude et l’indignation d’une bonne partie des catholiques traduisent, à mon avis, un manque de foi, un manque d’amour de nous-mêmes et, partant, de Dieu lui-même puisque, manifestement, nous ne Lui faisons pas assez confiance pour que d’un événement comme cette cérémonie, comme de n’importe quel événement d’ailleurs, jaillissent Sa grâce, Son amour et Sa puissance.
Troisièmement, et c’est peut-être le plus grave, nous rendons-nous compte de l’absence d’amour que nous manifestons envers nos contemporains en conspuant cette cérémonie d’ouverture ? La condamnation de la parodie de la Cène par des Drag Queens traduit d’ailleurs peut-être de l’homophobie et de la transphobie plus qu’une blessure causée par la moquerie et la dérision de la figure du Christ. Détestons-nous les personnes qui ont fait ce spectacle et nos contemporains au point de les confondre avec les esprits démoniaques qui infestent notre monde ?
Demandons plutôt à Jésus la grâce de pouvoir L’imiter, Lui qui est doux et humble de coeur avant toute chose, sans prétendre nous mettre à Sa place en voulant convertir les autres de force et rendre justice par nous-mêmes. Et prions pour la miséricorde divine justement, pour le salut de nos âmes, de toutes nos âmes, afin que les démons fuient loin de nous.
Je rejoins en très grande partie votre analyse. Il se trouve que j’avais écrit une longue tirade à un ami catholique qui avait réagi comme vous le dites. Je suis catholique et j’apprends à lire les signes des temps et à les respecter aussi car ils montrent aussi le désarroi d’une société qui a été aussi pas mal trahie par l’église-institution elle même. Les réactions offusquées montrent surtout une chose assez triste : c’est le manque d’énergie positive contaminante de nos communautés chrétiennes. Lutter contre le mal, en voilà une idée étrange que même Jésus n’a pas eue il me semble. Par contre, il a pris sa place et toute sa place pour le bien et l’a revendiquée, vécue jusqu’au bout. L’ explication sur le pardon du frère Paul Adrien n’est pas du tout convaincante, Jésus lui même a t il attendu que les pharisiens le respectent et lui demandent pardon ? C’est un gros délire je trouve… En tous cas, on mesure la quantité de sujets désertés par la réflexion chrétienne : sur le pardon, on entend tout et son contraire, et au final on mesure combien on n’a même plus une parole compréhensible sur le sujet…
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