Chers élèves,
Bien que certains d’entre vous ne se souviendront pas, bien que certains d’entre vous ont peut-être déjà oublié cette année scolaire, perdus sur une plage du littoral de Marseille, de Rabat ou au bord de l’étang de la Bonde, je vous écris cette lettre pour vous dire bien des choses, une dernière fois. Si vous savez désormais je l’espère un peu plus de choses en cette fin d’année scolaire, il y a encore tant de choses que vous ne savez pas.
Vous ne savez pas l’atmosphère joyeuse, enfiévrée et parfois fatiguée de la salle des profs. Vous ne savez pas les énergies dépensées chaque jour : profs, AESH, vie scolaire, personnels et agents… vous ignorez le nombre de cafés et de barres chocolatées consommées pour recharger les batteries des uns et des autres. Vous ignorez probablement aussi le nombre de photocopies quotidiennes réalisées et le nombre de bourrages papier débloqués dans la machine. Vous ne vous doutez peut-être pas non plus de la diversité des personnes qui ont fait le choix, ici, d’une manière ou d’une autre, de s’occuper de vous. De tout cela, je n’avais moi non plus aucune idée à mon arrivée il y a quelques mois.
Vous ignorez que Mme H. a fait du taekwondo il y a quelques années, que M. H. est ancien ingénieur, que Mme R. a eu bien des vies professionnelles avant vous. Vous ignorez que j’ai moi-même fait le choix de devenir enseignante d’histoire-géographie en Provence après sept ans en entreprise de marketing digital à Paris.
Soupçonnez-vous seulement la ténacité de Mme S., l’énergie de Mme F., l’enthousiasme de Mme P., la culture sans fond de M. D., l’humour dévastateur de M. C. ? Pouvez-vous seulement imaginer, chers élèves, que Mme B. ne perd jamais son sourire ? Rassurez-vous : tout cela, je l’ignorais aussi il n’y a encore pas si longtemps.
Ce que j’espère que vous savez déjà, en revanche – et ce que je vous souhaite de découvrir cet été sinon -, c’est la beauté du pays que vous habitez ici. Dans les deux mois qui viennent, régalez-vous de promenades en forêt. Allez vous baigner au fond de la combe de Lourmarin, sous les hauteurs de Sivergues. Extasiez-vous devant les contreforts de Saignon. Allez manger une glace et regarder du théâtre de rue au festival d’Avignon.
Plus simplement, plus quotidiennement, apprenez à contempler la beauté et la bonté du monde dès que vous franchissez le pas de votre porte. Entraînez votre coeur à la reconnaissance, vis-à-vis de vos parents, d’abord, et vis-à-vis de toutes les personnes étonnantes que vous recommencerez à fréquenter à la cité scolaire à la rentrée prochaine.
En ce qui me concerne, chers élèves, chers enfants, je suis moi-même bien reconnaissante de vous avoir rencontrés cette année, qui que vous soyez : bons ou mauvais, polis ou insolents, épanouis ou tourmentés, travailleurs ou feignants. En vous rencontrant, j’ai appris à mieux me connaître et à tester mes limites. J’ai vu grandir ma soif de vous comprendre et de vous faire comprendre, je l’espère, certaines choses. Sincèrement, je vous remercie.
Comprenez, chers enfants, que c’est cet esprit de contemplation et de réjouissance – en toute circonstance – qui peut tout résoudre, apaiser et assainir les relations, transformer le regard et le monde dans lequel il vous est donné de grandir.
Bien à vous tous,
Amélie